BEAU DE ROCHAS:


BEAU DE ROCHAS:
BEAU DE ROCHAS:

 

OEUVRE TECHNIQUE ET SCIENTIFIQUE :

1886 et 1887. L'ingénieur lance l'idée de conduire les eaux du lac Léman à Paris pour faire tourner des turbines électriques; peut-être en relation avec son ami Marcel DESPREZ, membre de l'Institut, qui étudie les possibilités de transport de courant continu sur de longues distances. Mais ce ne sont pas ces propositions pour avant-gardistes qu'elles soient qui font entrer le nom de Beau de Rochas dans l'histoire des Sciences, c'est en Thermodynamique Appliquée. Là, le chercheur va donner la quintessence de son génie.

Le 16 janvier 1862, Beau de Rochas dépose auprès de la Société de Protection Industrielle un brevet n°52-593

"nouvelles recherches et perfectionnements sur les conditions pratiques de la plus grande utilisation de la chaleur et en général de la force motrice, avec application aux chemins de fer et à la navigation".

Ce très volumineux travail d'une cinquantaine de pages est plus une somme de connaissances scientifiques de pointe, qu'un brevet à visée industrielle et commerciale. Mais il permet de faire reconnaître formellement l'antériorité du texte. Ceci sans avoir à régler les annuités demandées pour sa protection juridique durant 15 ans. Beau de Rochas, désireux avant tout de "propriété intellectuelle", ne payera donc jamais ces dites annuités.

Il en avait cependant, alors, les moyens.

Dans cette étude, l'ingénieur définit de nombreux aménagements à apporter aux machines de divers types pour les rendre plus performantes. Abordant le moteur à combustion interne, appliquant la compression préalable du gaz, il donne, à la page 31, la définition du cycle à quatre temps : "dans une période de quatre courses consécutives:

: aspiration pendant une course entière du piston

: compression pendant la course suivante

: inflammation au point mort et détente pendant la troisième course

: refoulement des gaz brûlés hors du cylindre au quatrième et dernier retour"

Beau de Rochas précise que l'inflammation du gaz détonnant préalablement comprimé, peut être provoquée par une étincelle ou bien spontanée par auto-allumage, le gaz explosant lorsque sa compression atteint des valeurs très élevées.

Les principes fondamentaux des moteurs modernes sont ici définis sans équivoque.

A l'Exposition Internationale d'Electricité de Paris de 1881, Gaston TISSANDIER présente un dirigeable qui suscite l'intérêt des militaires désireux de matériels d'observation. Les possibilités de manoeuvre de cet engin aérien sont très limitées. Juste BUISSON et Alexandre CIURCU, deux journalistes passionnés de mécanique, suggèrent de diriger cet aéronef avec un propulseur à gaz comprimé muni de tuyères orientées.

L'expérience n'est pas acceptée.

Les deux hommes vont donc, plus prosaïquement, étudier leur moteur-fusée sur une barque. En août 1886, Buisson et Ciurcu font évoluer avec succès une embarcation sur la Seine. Ces tentatives sont suivies de près, surtout par le Ministère de la Guerre. Pour résoudre le problème de la mise en tension permanente du réservoir d'air sous pression, ils font appel à une machine à feu. Le 16 décembre 1886, l'engin construit assez légèrement, explose. Buisson est tué, ainsi que le jeune garçon qui tenait le gouvernail du bateau. Ciurcu peut se sauver à la nage. Traduit en justice pour homicide, il est acquitté. Il poursuit quelques temps ses travaux en utilisant des wagonnets sur rail dans une poudrerie de la banlieue parisienne. Puis, il abandonne ses recherches pour regagner son pays d'origine, la Roumanie.

A Paris, on ne veut plus entendre parler de propulsion par réaction.

Alors, une voix s'élève, celle de Beau de Rochas.

Le 5 août 1887, il remet à l'Académie des Sciences un mémoire de 24 pages, pour que l'expérimentation soit poursuivie. "Conversion de l'énergie potentielle des fluides élastiques à haute tension en travail direct de translation"

. Il s'agit d'une étude technique très poussée du fonctionnement du moteur à réaction, première approche mathématique du problème.

Dans cette note, Beau de Rochas définit le "coefficient de propulsion" qui sera redécouvert quelques dix sept années plus tard, par l'académicien russe Constantin TSIOLKOWSKY...et ce dernier lui donnera son nom!

Quant au manuscrit de Beau de Rochas il est rangé soigneusement sur les rayons de la bibliothèque de l'Académie des Sciences, et ... oublié pendant quatre-vingts ans.

''En 1890, Alphonse Beau pense à un moteur expérimental de laboratoire, sur lequel nous ne possédons aucune précision en dehors d'une très vague description donnée ultérieurement par deux ingénieurs alors débutants.'' 

 

Le constructeur parisien, Étienne Lenoir, sourd aux propositions faites en 1862, voit ses affaires menacées. Il réagit et met sur le marché, en 1883, le premier quatre temps français, plus performant. Le représentant parisien des moteurs Otto, l'attaque en contrefaçon. Le tribunal de Paris, saisi en 1885, se penche sur le litige, et, faisant appel à des experts, déboute les allemands le 12 août 1885. Nicolas Otto avait bien pris des brevets, mais, en 1862, un français avait déjà défini le principe du cycle à quatre temps à compression préalable. L'antériorité est incontestable. Beau de Rochas devient alors une personnalité nationale. Sans contre-partie pécuniaire évidemment.

   De nombreux scientifiques connaissent l'ingénieur solitaire, ses recherches, sa fortune malmenée, sa gêne chronique. Un complot amical est alors ourdi. Ces intervenants sont nombreux, tant à l'Académie des Sciences, qu'à la Société d'Encouragement pour l'Industrie Nationale.

   - En 1890, le prix TREMONT de l'Académie des Sciences, porté au double de sa valeur habituelle (soit 2.000 francs-or) lui est remis pour l'ensemble de son oeuvre.

   - L'année suivante, la Société d'Encouragement pour l'Industrie Nationale lui offre, avec une médaille, le prix de mécanique d'une valeur de 3.000 francs-or.

   Beau de Rochas habite alors Vincennes, il a dépassé les soixante quinze ans; c'est un vieillard sec, fier, très droit, encore solide, ne redoutant pas la marche à pied, et toujours passionné d'étude. Victime d'une congestion pulmonaire consécutive à un refroidissement mal soigné, il meurt le 27 mars 1893 à son domicile vincennois.