GASSENDI


 

Gassendi observe une « aurore boréale » à Aix-en-Provence:

Dans la nuit du 12 septembre 1621, dans les environs d'Aix, GASSENDI observe une forte illumination du ciel qu'il baptise aurore boréale. GASSENDI observe d'heure en heure ce phénomène qui se produit dans la direction du nord. Il suit les variations d'éclat de la lueur, tantôt vert-jaunâtre, tantôt rouge, qui illumine le ciel. Il note l'évolution de sa forme en arc, en bandes, en draperie ou en faisceaux de rayons. GASSENDI nous apprend que cette aurore boréale très spectaculaire a été également observée dans la direction du nord par ses correspondants à Grenoble, Paris, Rouen, Toulouse et même Alep. Il apporte ainsi la preuve que ces phénomènes lumineux se produisent à altitude très élevée (~100 km) au-dessus des régions polaires. Aujourd'hui, on sait que les aurores boréales sont provoquées par un flot de particules électrisées provenant du Soleil et canalisées vers les pôles par le champ magnétique terrestre. Lorsque ces particules pénètrent dans la couche ionosphérique, située à une centaine de kilomètres d'altitude, les particules chargées provoquent le phénomène de luminescence que GASSENDI appelle « aurore boréale ».

Gassendi démontre le principe d'inertie sur une galère en rade de Marseille:

Depuis ARISTOTE, on expliquait que si on lâche un boulet du haut du mât d'un bateau en mouvement, le boulet tombe en arrière du mât, à une distance de celui-ci qui dépend de la vitesse du bateau. C'est apparemment logique, mais c'est faux. Cette question continue alors de préoccuper les savants. Elle est l'objet de longs débats et de curieuses expériences. GALILEE, le premier, a l'audace de nier cette fausse logique : il affirme que le boulet tombe toujours au pied du mât du navire mais il ne vérifie pas cette affirmation par l'expérience.

C'est GASSENDI qui effectue cette célèbre expérience , en 1641, sur une galère en rade de Marseille. Le comte d'ALAIS, gouverneur de Provence, fils d'un bâtard de Charles IX et de Marie Touchet, organise la démonstration qui a un très grand retentissement. La vérification de ce paradoxe attire de nombreux curieux. En voici la description de l'époque : « M. Gassendi ayant été toujours si curieux de chercher à justifier par les expériences la vérité des spéculations que la philosophie lui propose, et se trouvant à Marseille en l'an 1641 fit voir sur une galère qui sortit exprèz en mer par l'ordre de ce prince, plus illustre par l'amour et la connaissance qu'il a des bonnes choses que par la grandeur de sa naissance, qu'une pierre laschée du plus haut du mast, tandis que la galère vogue avec toute la vitesse possible, ne tombe pas ailleurs qu'elle ne feroit si la même galère étoit arrêtée et immobile ; si bien que soit qu'elle aille ou qu'elle n'aille pas, la pierre tombe tousiours le long du mast à son pié et de mesme costé. Cette expérience foite en présence de Monseigneur le Comte d'Allais et d'un grand nombre de personnes qui y assitoirent, semble tenir quelque chose du paradoxe à beaucoup qui ne l'avoient point vue ; ce qui fut cause que M. Gassendi composa un traité De motu impresso a motore translato que nous vismes de lui la mesme année en forme de lettre escrite à M. du Puy »

Avec sa grande clarté habituelle, GASSENDI expose dans son traité sur le mouvement des corps tous les raisonnements de GALILEE. Il les étaye par sa nouvelle expérience et montre que, libéré, le boulet conserve sa vitesse horizontale, vitesse initialement acquise avant qu'on ne le lâche et égale à celle du bateau (cette vitesse horizontale se conjugue avec la chute verticale pour donner une trajectoire résultante parabolique). GASSENDI donne une expression correcte, isotrope, de la loi d'inertie. En se libérant de la hantise de la circularité (orbite des planètes) et de l'obsession de la pesanteur (chute des corps), GASSENDI va plus loin que GALILEE. Il généralise le principe d'inertie.

Une expérience encore plus pédagogique est ensuite réalisée à Venise, la ville aux nombreux ponts et gondoles. Le mât du navire est calculé pour passer juste au ras d'un pont spécialement choisi. Un premier homme grimpé en haut du mât et un second homme penché au parapet du pont, pratiquement à la même hauteur, lâchent en même temps un boulet : le premier boulet, qui possède une certaine inertie, tombe au pied du mât, le second, qui n'en a pas, tombe en arrière du mât.

 

Gassendi montre que les sons graves et aigus se propagent à la même vitesse:

Depuis Aristote, on pensait que les sons graves se propageaient plus lentement que les sons aigus. GASSENDI décide de mesurer la vitesse de propagation du son dans l'air. Sa première expérience est décisive : il fait tirer un coup de canon (son grave) et un coup de fusil (son aigu) à une assez grande distance. Il mesure le temps qui sépare l'instant où l'on voit l'éclair de celui où l'on entend la détonation. GASSENDI perçoit les deux sons en même temps et conclut, à juste titre, que les graves et les aigus se propagent à la même vitesse. À une époque où il était difficile de mesurer avec précision des durées aussi brèves, GASSENDI estime que le son s'est propagé à la vitesse de 1 473 pieds par seconde, soit 440 m/s au lieu de 340 m/s. MERSENNE, dans son Harmonie Universelle, reprend la même méthode et obtient un meilleur résultat, 412 m/s.

Ayant ainsi observé que les sons graves et les sonsatio aigus se propagent à la même vitesse, GASSENDI explique alors que cette différence de sensation sonore entre les aigus et les graves est due à une différence relative du nombre de brins.