Personnes célèbres de DIGNE LES BAINS:



Gassendi: des collines de Provence au Collège de France:

né à Champtercier le: 22 Janvier 1592 & mort à Paris le: 24 Octobre 1655.

Pierre GASSENDI, de son vrai nom Gassend, est d'origine paysanne. Il naît en 1592 à Champtercier près de Digne. La légende dit que c'est en gardant la nuit les troupeaux de ses parents qu'il commence à se passionner pour les beautés du ciel. GASSENDI reste, toute sa vie, modeste et désintéressé. D'une intelligence claire et pétillante, avec une tendance marquée pour l'ironie, GASSENDI est plutôt un esprit voltairien qu'ecclésiastique. Sans résidence permanente, il habite chez ses amis, PEIRESC à Aix et à Marseille, GAULTIER à Toulon, MERSENNE et MONTMOR à Paris. Toute sa vie, il observe le ciel avec persévérance tenant à jour des registres d'observation exemplaires. Avec PEIRESC, GASSENDI est « à l'origine de cette magnifique lignée d'observateurs français qui ont si puissamment contribué à affermir les fondements de l'astronomie » nous dit Charles FABRY. Enfant prodige, GASSENDI est nommé à seize ans professeur de rhétorique à Digne, à 19 ans professeur de théologie à Avignon. Il obtient la chaire de philosophie de l'université d'Aix. GASSENDI se rend célèbre en astronomie en réussissant, le premier, à observer le passage de la planète Mercure devant le Soleil, « observation très difficile et la plus belle de ce siècle » . C'est en rade de Marseille que GASSENDI effectue la première vérification expérimentale de la loi de la chute des corps prévue par GALILEE. Sa tournure d'esprit, pragmatique et expérimentale, l'oppose souvent à DESCARTES trop mécaniste et dogmatique. Sa philosophie du monde s'appuie sur une physique très moderne basée sur l'existence des atomes et du vide. GASSENDI s'oppose à la vision figée du monde selon ARISTOTE. L'œuvre de GASSENDI est immense. Son influence dans les milieux savants conduit à la création de l'académie Montmor qui annonce l'Académie des sciences. La modestie de GASSENDI et l'amabilité de son caractère éclatent de toutes parts dans ses ouvrages. Son style est d'une grande clarté. Sa rigueur scientifique et sa position de professeur au Collège de France lui permettent de combattre l'astrologie alors très répandue.

Naissance des institutions scientifiques en France:

À l'époque de PEIRESC et de GASSENDI, la seule institution scientifique est le Collège royal, aujourd'hui Collège de France, fondé à Paris par François 1er, en 1530. L'école provençale étant alors le seul foyer d'astronomie en France, le choix de GASSENDI s'impose comme professeur au Collège royal. Très modeste, GASSENDI refuse cette haute distinction pour continuer à observer le ciel en Provence. Le cardinal de Richelieu passe outre. Il nomme GASSENDI professeur royal de mathématiques et le dispense de résider à Paris en permanence .

Henri IV voulant « instruire la jeunesse et la rendre amoureuse des sciences, de l'honneur et de la vertu » vient de créer un centre d'études de grande renommée à la Flèche, dans ce rude palais où sa mère Jeanne d'Albret, héritière du royaume de Navarre, avait rencontré Antoine de Bourbon, le futur père d'Henri IV. Tenu par les jésuites, ce collège atteint vite son apogée et compte jusqu'à 1 400 élèves. Il forme l'élite française, dont MERSENNE et DESCARTES à qui l'optique et l'astronomie doivent beaucoup puisqu'ils imaginèrent, dès 1636, les premiers télescopes à miroir. Dans le Discours de la méthode, DESCARTES écrit : « J'étais en l'une des plus célèbres écoles de l'Europe. » En 1763, après l'expulsion des jésuites de France, le niveau scientifique baisse. Le collège de la Flèche devient école militaire. Napoléon en fera le Prytanée militaire. En 1666, COLBERT crée l'Académie des sciences et, en 1667, l'observatoire de Paris. Dès lors, l'astronomie, les sciences mathématiques et physiques se développent à Paris sous la tutelle de savants renommés que COLBERT fait venir de l'étranger : HUYGENS, de Hollande, célèbre pour ses découvertes d'optique et de mécanique, CASSINI, du pays niçois (alors italien), fondateur de l'observatoire de Paris, RÖMER, du Danemark, qui le premier calcule la vitesse de la lumière à partir de la période de rotation des satellites de Jupiter. NEWTON refuse l'invitation de COLBERT de venir s'installer en France.

Gassendi mesure l'ellipticité des orbites de la Terre et de la Lune:

En bon expérimentateur, GASSENDI acquiert une grande maîtrise de la chambre-noire. Il la perfectionne en lui ajoutant une lunette de projection et un système mobile de graduation très efficace qui « glisse sur une poutre longue de 4 brasses ». À l'aide de sa chambre-noire, GASSENDI observe la variation du diamètre apparent de la Lune qui décrit une orbite elliptique autour de la Terre. GASSENDI montre que le diamètre apparent de la Lune varie de 26'36" à 31'06" entre sa position à l'apogée, la plus éloignée de la Terre, et sa position au périgée, la plus proche. Cette mesure, plus précise que celle de KEPLER, donne 0,86 pour le rapport entre le petit axe et le grand axe de l'orbite lunaire (on admet aujourd'hui 0,88). Par la même technique, GASSENDI montre que le diamètre apparent du Soleil varie très peu, entre 30'12" et 31'06". Il conclut avec juste raison que l'orbite de la Terre autour du Soleil est quasi-circulaire. Il trouve 0,97 pour le rapport des axes (on admet aujourd'hui 0,99).