Simon-Jude Honnorat (1783 – 1852)


 

Biographie de Simon-Jude Honnorat (1783–1852)

Docteur en médecine, savant naturaliste et lexicographe.

Simon-Jude Honnorat appartient à une ancienne famille d'Allos, dont on voit encore la maison, au hameau minuscule appelé Haut-Villard.

Il naquit le 3 avril 1783.

Il avait commencé ses études, lorsque la Révolution l'obligea à les interrompre.

A l'âge de 16 ans, il épousa Marie-Rose Véronique Gariel, soeur de Jean Baptiste Antoine Hyacinthe Claude Gariel.

A 18 ans, il étudiait la médecine à Grenoble, et il se livrait avec tant d'ardeur à l'étude de la botanique et de la chimie qu'il obtint les premiers prix à l'école centrale.

Il alla ensuite à Paris, pour continuer et compléter ces mêmes études. Il prolongea son séjour pendant cinq ans et revint avec le titre de docteur.

Après son retour de Paris, il exerça la médecine pendant un an, dans son pays natal, et il vint ensuite se fixer définitivement à Digne.

En 1815, il refusa une sous-préfecture; mais il accepta, peu de temps après, les fonctions de directeur des postes à Digne, parce qu'elles n'étaient pas incompatibles avec ses travaux scientifiques.

En 1830, ses opinions politiques l'éloignèrent de l'administration des postes et le rendirent tout entier à ses chères études.Il fut le principal fondateur des Annales des Basses-Alpes, et sa plume fournit un grand nombre d'articles à cette publication. ''Son érudition pour tout ce qui regarde la langue, l'histoire et les productions du sol de la Provence,est,véritablement,étonnante.

Il a cultivé avec persévérance et succès toutes les branches des sciences naturelles......

Son herbier provençal est très complet et admirablement tenu; son cabinet d'histoire naturelle,très riche ....; sa collection d'insectes,fort belle.

Il en a découvert plusieurs espèces nouvelles :

c'est à lui que les amateurs doivent la connaissance du beau papillon Alexanor et de la Thais Honnoratii .

Sa collection des fossiles des Alpes est très curieuse.

La science a donné à quelques-uns le nom du laborieux docteur."

Mais l'ouvrage le plus important du docteur Honnorat est :

le DICTIONNAIRE PROVENCAL-FRANCAIS ou DICTIONNAIRE DE LA LANGUE D'OC, ANCIENNE ET MODERNE,

Le docteur Honnorat était donc un véritable savant, et il a eu, en outre, le mérite d'unir la modestie à la science.

Il a constamment refusé les invitations des sociétés savantes qui auraient voulu le compter parmi leurs membres.

L'amour de son pays l'a toujours retenu dans les Alpes, dont il est un des hommes les plus célèbres par ses talents et par ses oeuvres.

Appelé en qualité de témoin en Cour d'assises, à Digne, deux ans avant sa mort, il s'y présenta si simplement vêtu que le président le prit pour un cultivateur illetré et l'interrogea en provençal :

D.-Temoui, voueste noun e prenoum ?

R.-Simoun-Jude Hounourat.

D.-Voueste agi ?

R.- Màngi dins mei septanta an.

D.- Vouesta demoura ?

R.- A Digne, boulevard Gassèndi.

D.- Vouesta proufessien ?

R.- Medecin de moun mestier.

D.- Seriez-vous M. le docteur Honnorat ?

R.- Oui, Monsieur le Président.

Il mourut à Digne, en 1850.

Un an plus tard, pourtant, le congrès des Poètes Provençaux, à Aix, adoptait quasi officiellement un retour à une graphie classique qui n’aurait pu que réjouir Honnorat. C’était compter sans Roumanille et ses amis, qui, en 1854, se retirent de l’entreprise pour fonder le Félibrige provençal. Dès lors, la querelle fera rage entre les disciples d’Honnorat, comme Damase Arbaud le Manosquain, et le jeune Félibrige, partisan d’une graphie qu’il estime dans sa simplification plus apte à être comprise par les Provençaux, et au premier chef par les Rhodaniens. Honnorat pâtissait ainsi d’un double refus provençal, refus de la langue de la montagne, arbitrairement dévalorisée par rapport aux parlers de la basse-Provence, refus de ses choix graphiques, jugés trop savants et compliqués.

Un siècle et demi après, Honnorat nous apparaît comme la métaphore de l’aliénation linguistique et de l’aspiration à la désaliénation. Dans sa jeunesse, Honnorat renie son parler natal pour mieux accéder au français. C’est en français et par le français que le jeune fils de paysan pourra s’instruire, faire carrière, voyager... À l’âge d’homme, il retourne à ce patois qu’il érige en langue, la langue d’oc, forte de son passé prestigieux et de son espace immense. Mais que faire de cette langue condamnée à n’être plus parlée que par les paysans, et bientôt plus parlée du tout, quand ce destin, privé de soutien officiel, ne dépend plus que de ses défenseurs ?